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On a essayé…le demi-fond

On a essayé…le demi-fond

Voici une discipline des plus curieuses et spectaculaires : le demi-fond. J’avais déjà pratiqué en 2006 et 2010 (2 fois vice-champion de France) et quatre ans après je remets le couvert. Mes souvenirs de l’époque sont : souffrance et dépassement de soi…

Historique et matos…

L’origine du demi-fond est estimée aux alentours de 1890 mais ce n’est qu’à la fin de ces années que l’on voit apparaître un engin motorisé devant le coureur (appelé stayer). Le principe de l’activité est de placer le cycliste à l’abri derrière une moto pilotée par un « pacemaker », debout sur l’engin. Un rouleau sépare la moto du coureur pour des raisons de sécurité. Il peut venir « taper » dans le rouleau sans danger. Les vitesses atteintes sont parfois proches des 100km/h et c’est assez dangereux. Mais en diminuant le braquet et en augmentant la distance entre le pilote et le cycliste, on règle ce problème. Les championnats du monde sont organisés jusqu’en 1994 avant moto demi-fondd’être délaissés. Seuls les championnats nationaux et européens sont à l’ordre du jour. Il faut dire que le demi-fond n’est pas une discipline très prisée, pourtant beaucoup de grands champions routiers se sont fait plaisir derrière ces motos de 650 cc (pouvant aller jusqu’à 1000 cc). Ces engins sont soumis au règlement UCI (largeur guidon, rouleau, motorisation…).

Le vélo de demi-fond est lui aussi très particulier. La géométrie est réglementée elle aussi. Par exemple, la roue avant est une 600 alors que la roue arrière du 700. Les boyaux sont entoilés pour éviter que le coureur déjante en cas de vélo demi-fondcrevaison ou si les vitesses sont très rapides. La fourche est inversée pour augmenter la stabilité et l’abri, le maintien de la selle est renforcé (selle placée à l’aplomb de l’axe du boîtier) et le guidon est maintenu par une tige car les contraintes sur l’avant du vélo sont énormes. Personnellement, je pense qu’il y a du travail à apporter au niveau de matériel et de la position… Mais la discipline semble très traditionaliste !

On peut pratiquer sur presque toutes les vélodromes (béton, bois) mais les pistes larges (au moins 8m de large) et longues (plus de 250m) sont spécialement dédiées au demi-fond.

Les braquets sont assez impressionnants : 64, 65 ou même 66 à l’avant et 14, 15 ou 16 à l’arrière. C’est qu’il faut la lancer la machine lors du départ !!!

Physiologie de l’effort…

Tous les coureurs de demi-fond pourront vous dire que l’effort perçu est extrême et qu’on se fait rarement aussi mal qu’en demi-fond. J’ai mis ma ceinture cardiaque lors de la série de qualification et de la finale du Championnat de France qui a eu lieu le week-end dernier à St Quentin-en-Yvelines (bois, 250m).

Ma Fc max n’est pas très haute (182 à 185) et j’ai du mal à y flirter en course. Et bien je peux vous dire qu’en demi-fond, je n’ai aucun problème ! Ma moyenne cardiaque sur la série et la finale est respectivement de 169 et 167 puls/min. Mon maximum atteint est 181 sur une période d’accélération et je suis resté à 179 pendant plusieurs dizaines de secondes. On comprend mieux pourquoi les sensations d’effort sont très pénibles. Il faut être en condition optimale pour faire la course et ne pas décrocher du rouleau. Pour la bonne condition, ce n’était pas mon cas en cette fin de saison où je me sens fatigué et amoindri après une grosse chute survenue fin août.

Au niveau cadence de pédalage, là aussi c’est étourdissant. La distance des courses et la vitesse moyenne sont calculées au niveau de la ligne de mensuration (ligne noire) mais en fait, nous roulons à hauteur de la ligne bleue (appelée d’ailleurs ligne des stayers). Si bien que tous les tours, nous faisons 15 à 25 mètres supplémentaires (soit presque 3km de plus sur les 50km annoncés en finale). Alors si mes calculs sont exacts, nous faisons entre 120 et 125 tours de pédale chaque minute sur les 50km de la finale (courue à 64km/h de moyenne pour le vainqueur, avec un braquet imposé de 66×16).

Cela demande donc du travail spécifique, notamment au niveau de la vélocité mais pas seulement. La position relevée étant très spécifique, il faut habituer ses muscles à travailler dans cette nouvelle configuration. Après la finale, il m’était difficile de marcher et les douleurs aux adducteurs et insertions hautes des ischios-jambiers très vives. L’intensité de l’exercice se situe donc au seuil anaérobie haut, voire très proche de la PMA. Il ne faut pas rester trop longtemps à la Fc max au risque de « péter » du rouleau et voir son avance par rapport à ses adversaires fondre à vitesse grand V. Selon moi, l’effort est plus « cardiaque et ventilatoire » que musculaire, du fait de la cadence de pédalage élevée et de l’abri que nous offre la moto.

courbe cardio demi-fond

Il paraît que ça crame…

La réputation du demi-fond n’est pas des meilleures. La discipline souffre de son passé et de certaines réunions (actuellement encore organisées) qui sont arrangées d’avance et qui n’offrent malheureusement pas l’occasion aux stayers de se livrer à 100%.

On entend aussi que le demi-fond, ça crame les ailes. Je ne suis pas d’accord. Pourquoi ? Parce que si on est entraîné, ce n’est pas plus dur que de faire un CLM individuel de 45-50km aux Championnats de France Elite. L’intensité de l’effort est certes très très élevée mais pas vraiment plus qu’en cyclo-cross où le but est d’être le plus linéaire. Je pense que tout est question de préparation et d’objectif. Regardons Benoît Daeninck, excellent coureur sur la route en amateur qui arrive à jumeler calendrier avec le CC Nogent/Oise et quelques courses de demi-fond.

Je pense que le demi-fond fait peur et comme tout ce qui fait effraie, on trouve des excuses pour ne pas s’y mettre…

Duo coureur-pilote…

La relation coureur et pilote est importante. Certes, c’est le coureur qui fait le résultat (c’est lui qui pédale !). Mais s’il n’y a pas de complicité entre les 2, c’est difficile de performer. Grâce à un casque muni de trous sur l’arrière, le pacemaker entend les consignes du coureur qu’il tire et les motos qui s’approchent de l’équipage (pour doubler par exemple). Le pilote doit savoir comment réagit son coureur aux à-coups, connaître les moments où il doit ralentir pour faire récupérer son coureur ou au contraire mettre la poignée… La tactique de course est importante. Il y a un facteur qui joue énormément en demi-fond, c’est le vent et les turbulences créées par les équipages eux-même. En fait, le plus dur est de doubler un concurrent (toujours par l’extérieur) car il existe une zone où les turbulences sont très fortes et où le coureurs qui veut doubler tout le vent 3/4 face…Donc à ce moment, il faut s’accrocher, comme s’il fallait basculer en haut d’une bosse.

demi-fond

Pour finir, je dirai que le demi-fond pourrait tout à fait rentrer dans la préparation du routier, car atteindre des intensités aussi hautes sont vraiment rares. Si c’est bien fait, ça ne peut que débrider un moteur !

Pour aller plus loin : http://dernyeuropacup.blog4ever.com/

Une réponse à “On a essayé…le demi-fond”

  1. Le 8 octobre 2014 à 19 h 52 min Coquoz Francis a répondu avec... #

    Magnifique exposé sur la discipline la plus exigeante que J ai eu à pratiquer.
    Il M est arrivé de ne plus pouvoir marchen faute de terribles crampes aux adducteurs.
    Que dire également d une chute à 80 kmh après la rupture de la fourche….
    Superbe article. Merci François

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